JUSTICE DE COPAINS = JUSTICE DE COQUINS - 14
Vendredi 7 septembre 1990.
Je suis rentré depuis quelques jours de BELFORT.
Jocelyne travaille.
Le facteur m’apporte une grande enveloppe kraft comportant le sigle d’un huissier.
Je l’ouvre (pas l’huissier : l’enveloppe), et découvre la fourberie de Jocelyne.
Durant mon absence, elle a mandaté un homme de Loi pour établir l’état des meubles lui appartenant, se trouvant dans notre villa de la Moutonne.
Ma première réaction a été l’envie de l’appeler aussitôt sur son lieu de travail mais, espérant toujours un retour à la normale, je n’en ai rien fait.
Patience et longueur de temps valent mieux que force ni que rage.
Elle rentre vers 18 h 30.
Je ne lui dis rien, mais conserve précieusement le procès-verbal.
Je règlerai cela plus tard.
A ma manière…
-o-
Vendredi 17 juillet 1992 - vers 17 h.
Complètement égaré, je ne sais à qui, à quoi me raccrocher.
Une publicité sur le programme télé, ventant les mérites d’un médium par téléphone, capte mon attention.
Je suis comme tout le monde : je n’y crois pas, mais essaie tout de même, pour voir.
J’appelle.
Un homme me répond, me demande mon prénom et ma date de naissance.
Pas question pour moi de lui donner le moindre autre détail.
Un instant relativement court se passe.
· Monsieur, il faut que je vous dise… attendez-vous à une chose pas facile à dire… mais je vois une séparation…. rapide… très rapide.
Pardon, excusez-moi de vous le dire aussi brutalement, Monsieur.
· Ne vous excusez pas.
Quelques banalités et je raccroche.
La conversation n’aura pas duré 10 minutes.
Quel imbécile j’ai été d’agir de la sorte.
Stupide, inutile, déstabilisant, coûteux, pas rassurant.
-o-
Vendredi 17 juillet 1992.
Il est aux alentours de 18 h 30.
Jocelyne (qui était en vacances seule chez sa sœur jumelle en région parisienne la semaine précédente, profitant de son éloignement pour prendre une décision unilatérale qu’elle m’impose par courrier, courrier que j’ai reçu dans la matinée de ce vendredi 17 juillet) rentre de TOULON.
Elle a pris le bus assurant la liaison TOULON / HYERES.
· J’ai quelque chose à te dire.
J’ai trouvé un appartement à TOULON.
Je déménage à la fin du mois.
Je la regarde, abasourdi.
Elle ne sait pas pour ma séance de voyance téléphonée, moins de deux heures auparavant.
Je ne lui dis rien.
A quoi bon !
-o-
Le courrier de Jocelyne :
Serge,
Ne crois pas que je profite d’être en vacances chez ma sœur, pour te dire tout ce que j’ai sur le cœur.
Je reconnais que l’éloignement m’aide à exprimer tout ce que je ressens.
Je ne peux plus continuer à vivre comme nous le faisons depuis 4 ans maintenant.
C’en est trop.
C’est au dessus de mes forces.
Je sais que tu subis une situation abominable depuis ton licenciement de chez ECOCAR.
Je sais aussi qu’il n’est pas facile de retrouver un emploi en ce moment.
Tu es malade nerveusement et j’avoue que tu me fais peur.
Comprends-moi.
Je ne peux plus supporter le tribunal, les huissiers, ta guerre contre MANTEUR.
Je craque, j’angoisse lorsqu’une lettre recommandée arrive.
Je n’en peux plus moi aussi nerveusement.
Il faut que je me préserve physiquement et moralement, sinon je finirai folle.
Serge, j’ai décidé de te quitter, et demander le divorce dès mon retour.
Je sais que ce n’est pas ta faute, mais je n’ai ni la force, ni le courage d’aller plus loin avec toi.
Il est évident que je prendrai ma mère à ma charge, c’est naturel.
S’il te plaît, ne m’en veux pas et essayons de nous quitter proprement.
Je te demande de comprendre ma réaction, et de ne pas m’en vouloir.
Je te souhaite bonne chance.
Jocelyne.
-o-
Faites le bien autour de vous.
Il vous sera rendu au centuple…
Mon œil.
J’ai aidé Jocelyne à déménager, quelque part soulagé de ne plus avoir à supporter son insultante indifférence, moi qui lui avais quasiment sauvé la vie au tout début de notre relation, tant son désespoir était difficile à vivre pour elle.
Commence pour moi une troisième vie de célibataire.