JUSTICE DE COPAINS = JUSTICE DE COQUINS - 5
Le lundi 30 novembre, Jocelyne rentre en pleurs de la Préfecture Maritime.
· Que t’arrives-t-il ?
· C’est M. SPAIN, mon chef de service.
Il n’a de cesse de me faire des avances et, cet après-midi, nous étions seuls au bureau : il a posé ses mains sur ma poitrine.
Et elle pleure de plus belle.
Je connais son chef de service : un coureur de jupons.
Lui aussi me connaît.
Nous avons suivi les cours de formation d’Officier Marinier dans la même école à ROCHEFORT SUR MER, en 1969.
Donc, en se comportant comme il le fait vis à vis de mon épouse, c’est aussi moi qu’il insulte.
· Tu vas dire à Roger SPAIN (le supérieur hiérarchique de Patrick : le frappeur d’enfant, futur mari d’Isabelle) que je veux le voir vendredi prochain à la maison.
· Qu’est-ce que tu vas faire ?
· Ne t’en fais pas.
Dès lundi prochain, tu seras tranquille…
Je sais que SPAIN est veuf, remarié à une femme qui le mène à la baguette (je dis bien : baguette, et non bra...).
Bien que sur liste rouge, je connais son numéro de téléphone personnel.
J’acquiers un micro FM, dont je cale la fréquence sur notre poste de radio, qui comporte aussi la possibilité d’enregistrer tout ce qui est émis.
Il est bien connu que ce sont souvent les choses qui sont à portée de vue que l’on remarque le moins.
Justifiant la présence d’une lampe d’appoint, j’installe le micro, dissimulé dans une rallonge électrique, bien en vue de mon futur interlocuteur.
Le poste de radio fonctionne dans une des chambres.
Essai concluant.
SPAIN arrive chez moi le vendredi 7 décembre, à 19 h.
Jocelyne est là depuis une demi-heure.
Il sonne.
Je vais ouvrir.
· Salut Serge ; Ça va ?
· C’est à vous qu’il va falloir poser cette question dans peu de temps.
Je ne lui serre pas la main.
· Tu peux me tutoyer, tu sais…
Réplique déjà employée, et qui a fait ses preuves…
· Je tutoie mes amis.
Vous, vous n’en faîtes pas partie.
Et je commence :
· Ma femme Jocelyne ici présente, placée sous vos ordres au sein du secrétariat « courrier protégé » de la Préfecture Maritime de TOULON, m’a informé de votre conduite à son égard.
Je pourrais vous mettre mon poing dans la figure, ce n’est pas l’envie qui m’en manque, mais ce serait aussi vous accorder trop d’importance.
Je vais vous donner une leçon à laquelle vous ne vous attendez certainement pas.
Le micro enregistre tout.
· Je connais votre numéro de téléphone personnel.
Je sais que votre épouse n’est pas « une tendre ».
Je vais donc l’appeler, et lui demander l’autorisation de lui caresser les seins, comme vous l’avez fait avec ma femme.
Je me lève, décroche le combiné, compose le numéro.
Sa femme décroche.
· Madame SPAIN ?
· Oui.
J’ai mis l’amplificateur téléphonique, et ai éloigné le combiné.
Mais Madame SPAIN entend.
Je le sais.
· Qu’est-ce qu’on fait maintenant, SPAIN ?
· Tu ne vas pas faire ça ?
· D’accord.
Je raccroche sans prendre congé de son épouse.
Il est livide.
· Bien ! (reprenant le tutoiement) tu as manqué de respect à ma femme.
De ce fait, tu m’as insulté.
Écoute bien ce que je vais te dire, parce que je ne le répéterai pas.
Je sais que tu es un bon élément militaire, mais ton problème de non maîtrise de ta sexualité peut te contraindre à commettre des actes répréhensibles pénalement.
Je m’explique : Compte-tenu de ta fonction t’amenant à avoir des documents classifiés entre les mains, mais aussi de tes faiblesses et de ta lâcheté devant ta femme que tu crains, je viens de te le démontrer, tu viens de me prouver qu’il suffit de te tendre un piège, pour ensuite te contraindre à dévoiler certains secrets militaires qui te passent entre les mains.
Je lui fais part des liens d’amitié existant avec l’Officier chargé de la Sécurité.
· SPAIN ; je te donne deux mois pour faire valoir tes droits à la retraite.
Mon épouse ici présente me tiendra informé.
Passé ce délai, si tu n’agis pas comme je le veux, j’informe l’autorité compétente.
Jocelyne ; veux-tu raccompagner SPAIN jusqu’à la porte ?
SPAIN a quitté la Marine deux mois et demi plus tard…
J’ai détruit la cassette en août 1992, le jour du déménagement de Jocelyne, le jour où elle aussi m’abandonnait…